Rilakkuma et Kaoru

Année : 2019

Par : Dwarf Studio, San-X, Naoko Ogigami, Masahito Kobayashi

Durée : 12 épisodes 

PV

Nous suivons une année dans la vie de Kaoru. Elle envie ses collègues et amies qui se marient les unes après les autres, mais en attendant de trouver l’amour elle se réconforte grâce à ses « animaux » domestiques, un oiseau et deux ours en peluche animés à l’origine suspecte. 

Rilakkuma et Kaoruko est comme Aggretsuko une série courte de Sanrio qui confie ses chara-designs à plusieurs créateurs japonais, diffusée chez nous sur Netflix. On y retrouve un peu la même formule : des mascottes mignonnes, une héroïne employée de bureau célibataire, et l’emphase sur les petites joies du quotidien qui aident à supporter le contexte économique et social compliqué. Les personnages ne sont pas particulièrement uniques, Kaoru reprend des traits familiers de l’héroïne de slice-of-life pour adulte qui a rencontré un franc succès ces dernières années (Retsuko, Wakako…) et elle est rejointe par quelques personnages plus ou moins secondaires qui n’ont pas de véritables arcs. Les mascottes apportent des touches d’originalité bienvenues : le petit oiseau est un clean-freak, le grand ours est obsédé par les dangos, etc. La série se distingue aussi par son animation en stop-motion (agrémentée de quelques effets spéciaux discrets) absolument charmante, et de temps en temps par un brin de poésie qui agrémente la banalité du quotidien de Kaoru.

Je regrette un peu que le scénario se repose sur beaucoup de clichés pour les thèmes de ses épisodes, ça rend les conclusions très prévisibles et un un brin moralisantes. Un bon exemple est l’épisode où Kaoru commande beaucoup trop de matériel de fitness en ligne pour avoir le plaisir de voir son livreur, une histoire qui se résout par une diète de snack. Ils passent totalement à côté de thèmes qu’ils auraient pu mieux développer comme l’addiction à l’e-shopping ou la culture du régime, et leur résolution rapide et simpliste donne le sentiment que ces questions ne sont pas vraiment prises au sérieux, juste exploitées comme des sources faciles de conflit. Au moins, ce parti-pris a un mérite : la série est très reposante, ça a quelque chose de réconfortant de savoir que quoi qu’il arrive Kaoru et ses nounours iront bien. Voilà donc une petite série à mi-chemin entre créativité et banalité qui se laisse regarder, ne serait-ce que pour admirer le travail des artistes stop-motion.

Ma note : 7/10

Publicités

Skull-face Bookseller Honda-san

Année : 2018

Par : DLE, Ouru Todoroki, Shin Okashima

Durée : 12 épisodes 

PV

Le quotidien d’Honda-san, de ses collègues, supérieurs et clients dans les rayons manga/pop culture d’une grande librairie urbaine. 

Tout à fait inattendu, ce show au format court (12 épisodes de 12 minutes) s’est très vite imposé comme l’une des meilleures découvertes de 2018. C’est l’adaptation d’un manga écrit par un authentique employé de librairie qui raconte son expérience professionnelle sous forme de cartoon, se présentant lui-même sous les traits d’un attachant squelette bibliophile. Il respecte l’anonymat de ses collègues en cachant leurs têtes sous des couvres-chefs improbables : un carton, un heaume, une citrouille, etc. Chacun est responsable d’un secteur différent (guides de jeux, Boy’s Love, etc.) et notre Honda-san est spécialisé dans le rayon international (essentiellement les comics). Par extension on lui envoie les clients étrangers, une mine à situations cocasses quand il est confronté à des requêtes improbables, comme celle d’un père désespéré qui lui demande s’il a un doujin yaoi obscur en réserve. Comme ShiroBako ou Sore ga Seiyuu!, c’est une comédie très informative sur un secteur professionnel auquel les fans seront sensibles, comme ils le côtoient directement ou indirectement dans leurs habitudes de consommation. Elle réussit à toucher un équilibre solide entre réalisme des situations dépeintes (être un employé de librairie n’est pas de tout repos) et efficacité comique grâce à ses designs frappants et son sens de l’auto-dérision désarmant. On sent aussi une vraie tendresse pour les employés et les clients, même en cas de malentendu ou de conflit. Une bonne petite comédie qui se regarde rapidement grâce à son format court, que je recommande à toutes et à tous.

Ma note : 8/10

Anima Yell!

Année : 2018

Par : Doga Kobo, Masako Satou, Fumihiko Shimo

Durée : 12 épisodes

PV

La jeune Kohane tombe sous le charme d’une performance de cheerleading vue par hasard, et décide de monter un club pour pratiquer ce sport. Elle découvre qu’Arima, une des filles qu’elle avait admiré dans la performance, va à son collège, et la harcèle pour qu’elle la rejoigne. Mais Arima a quitté son groupe dans des circonstances qui l’ont dégoûtée du cheerleading, et hésite beaucoup à se relancer.

Ultra basique anime de filles mignonnes qui font des trucs mignons dans leur club, que dire, quand la recette est réussie en général je craque. Comme son héroïne infatigable Kohane, l’anime déborde d’une énergie positive et d’un dynamisme auxquels il est difficile de résister. En plus, il y a plein de choses à apprécier : l’anime ne cède jamais à la tentation du fanservice facile, le sport est abordé de manière étonnamment saine et réaliste (ils prennent en compte le mental et les compétences des filles qu’elles soient débutantes ou confirmées pour les figures acrobatiques), les doubleuses font un boulot remarquable pour rendre leurs personnages uniques et attachants; elles savent rendre leurs répliques amusantes même quand l’écriture des gags n’est pas à la hauteur, l’animation est consistante de bout en bout, et les scènes de cheerleading remplissent parfaitement leur fonction de nous donner la pêche. Anima Yell! ne challenge absolument pas la formule exploitée, mais l’utilise intelligemment pour divertir et nous communiquer sa bonne humeur.

Ma note : 7/10

Zombieland Saga

Année : 2018

Par : MAPPA, Munehisa Sakai, Shigeru Murakoshi, Kasumi Fukagawa

Durée : 12 épisodes

PV

Sakura rêve de devenir une idole, mais le jour où elle rassemble enfin assez de courage pour envoyer sa candidature pour une audition, elle est tuée dans un accident. Dix ans plus tard, elle se réveille amnésique, entourée de zombies. Elle essaie de s’enfuir, avant de réaliser qu’elle est elle-même devenue une morte-vivante. Un homme louche se présente comme son manager : il a ranimé plusieurs cadavres de stars de périodes différentes pour composer le groupe d’idoles ultime, Franchouchou !

Un peu sortie de nulle part, cette série décide d’exploiter l’habituelle recette de l’anime à idoles en y ajoutant un twist : et si sous les jolis minois des chanteuses se cachaient d’affreux zombis ? Le résultat est à la croisée des chemins entre la parodie d’horreur, l’anime à idoles old school où l’héroïne doit cacher sa véritable identité, le buddy movie, et l’anime à idoles moderne type « locodol » où les filles doivent sauver leur ville (ici la ville de Saga qui a bien profité de ce coup marketing). L’anime commence très fort par deux épisodes qui détournent  la formule du show à idoles, mais dès le troisième la nécessité de nous vendre un produit se fait plus sentir et les filles se rangent avec performance animée en CG moche beaucoup plus conventionnelle et fade, à laquelle il manque le piquant de leurs shows de métal et de leur rap-battle. La suite est toujours sur le fil entre cette envie évidente des créateurs de bousculer les conventions et les objectifs commerciaux des investisseurs.

Au début une grande partie de l’humour vient de la performance survitaminée de Mamoru Miyano dans le rôle du manager/tyran foldingue, juste assez agressif pour faire rire et juste assez humain pour ne pas dégoûter de son personnage. J’ai eu peur qu’il ne doive porter le show sur ses épaules, mais heureusement Zombieland Saga développe progressivement plusieurs personnages charismatiques qui se débrouillent très bien pour lui donner le change, comme Saki, formidable leader-yankee,  Lily, et la mascotte Tae, pauvre zombie qui ne recouvre jamais totalement sa mémoire et son humanité. En fait toutes les idoles-zombies sont attachantes, chacune a droit à son quart-d’heure de gloire (quand ce n’est pas un épisode entier pour raconter l’histoire de sa mort) et je n’ai remarqué personne qui serait là pour meubler. Leurs différents arcs individuels fonctionnent bien, à l’exception peut-être de celui de Sakura à la fin, trop prévisible et guimauve. Au final ce n’est pas un anime à idoles qui s’affranchit totalement de clichés du genre, mais il est suffisamment drôle et bien écrit pour valoir le détour.

Ma note : 7/10

Sakura Quest

Année : 2017

Par : P.A Works, Souichi Masui, Masahiro Yokotani, Kanami Sekiguchi

Durée : 22 épisodes

PV

Maoyama était l’une des villes de province qui avait bénéficié il y a plusieurs décennies de cela du programme touristique japonais des « micro-nations ». Elle avait sa mascotte, son « monarque » et son palais dédié. Aujourd’hui le palais tombe en ruines, le festival annuel n’a plus lieu, et la ville a bien du mal à empêcher ses commerces de péricliter. Pour redresser la situation, cinq femmes aux divers backgrounds et compétences sont recrutées, et commencent à former un plan d’attaque. 

La petite ville provinciale de Maoyama sert de théâtre pour mettre en parallèle des problèmes très actuels de désertification rurale, et le parcours individuel touchant de cinq femmes qui ont du mal à envisager leur avenir. Shiori est nostalgique d’une époque révolue, Sanae est une ex-salariée citadine réfugiée à la campagne pour redonner du sens à son travail, Maki et Yoshino sont des filles de la cambrousse montées à Tokyo ayant échoué à y faire carrière qui ont le sentiment de rentrer la queue entre les jambes, et Ririko est une fille du pays surprotégée qui n’a jamais mis un pied en dehors de Maoyama, tout en ne s’y sentant jamais réellement intégrée. En reprenant ensemble la direction du comité touristique, elles travaillent dur pour revitaliser la ville, et en apprennent beaucoup sur elles-mêmes. Personne dans cette série ne se fait d’illusions sur l’avenir de ces petites localités victimes de l’exode rural, mais elles n’ont pas forcément dit leur dernier mot. Comme les filles le découvrent, préserver le patrimoine culturel local et le capital humain n’est pas incompatible avec modernité et ouverture sur le monde extérieur, au contraire. Visuellement la série est un peu limitée par une production modeste, mais elle compense largement par la qualité de l’écriture et ses personnages attachants. 

Ma note : 8/10

Samourai Flamenco

Année : 2014

Par : Manglobe, Hideyuki Kurata, Takahiro Oomori

Durée : 22 épisodes

PV

Le beau Masayoshi Hazama a un secret. Mannequin le jour, il enfile la nuit un costume rouge et défend les valeurs que ses chers tokusatsu lui ont enseignées, sans l’aide d’aucun super-pouvoir ! Mais le policier Hidenori Gotou se met en travers de sa route. Quels aventures attendent nos intrépides défenseurs de la justice ?

Samourai Flamenco de feu le studio Manglobe fonctionne comme un long hommage au super-héroïsme, majoritairement d’un point de vue culturel japonais, mais avec quelques clins d’œils aux américains. C’est parfois une parodie, parfois une déclaration d’amour, les deux ne sont pas incompatibles. Sa force vient de ses personnages attachants et très humains. Les dialogues sont solides et donnent à réfléchir sur pas mal de thèmes pertinents (évidemment l’héroïsme et son rapport avec le « mal », qui dispense la justice, etc.) et les quelques twists spectaculaires (dont l’un des twists les plus marquants de la décennie 2010) nous tiennent en haleine. Ce n’est pas un anime parfait, l’animation est loin d’être constamment fluide et les transitions entre les arcs ne sont pas toujours très heureuses, mais c’est bourré d’instants mémorables réussis, notamment ceux de pure tragi-comédie humaine. Un joyeux foutoir que je recommande chaudement.

Ma note : 8/10

Terror in Resonance

Année : 2014

Par : MAPPA, Shinichiro Watanabe

Durée : 11 épisodes

PV

Les jeunes prodiges Nine et Twelve forment le duo « Sphinx ». Ils terrorisent Tokyo par des attaques de grande envergure qu’ils revendiquent sur internet, mais se débrouillent pour ne pas faire de victimes. Lisa, une lycéenne maltraitée par ses camarades  se retrouve impliquée dans leurs plans tandis que Shibazaki, un policier blackboulé par ses supérieurs, les traque et tente de découvrir ce qui les pousse à commettre ces actes. 

Ce n’est pas le meilleur anime sur le terrorisme que j’ai vu (allez plutôt voir du côté de Mawaru Penguindrum et de Ghost in the Shell), mais il faut admettre que Shinichiro Watanabe a eu le courage d’attaquer assez frontalement le parti nationaliste pro-militaire japonais, et c’est réconfortant de savoir que des séries mainstreem avec un tel discours peuvent être financées et diffusées. La réalisation est plus qu’impeccable : elle est artistique, et ce qui empêche le show de décoller est son écriture. Je me demande quel impact a eu le format très court du show; les personnages restent trop creux dans leur personnalité et motivations, et la résolution des principaux conflits est expédiée de manière rapide et frustrante. Même si ce n’est pas une excuse dans l’absolu (on peut toujours se débrouiller pour raconter beaucoup et bien en peu de temps), une dizaine d’épisodes de plus aurait potentiellement réglé ces problèmes. Quoi qu’il en soit, ça reste intéressant d’un point de vue visuel et intellectuel, rien que pour les thèmes abordés. 

Ma note : 6/10