Penguin Highway

Année : 2018

Par : Colorido, Ishida Hiroyasu

Long-métrage

PV

Aoyama est un jeune adolescent passionné par le processus scientifique, avec des idées très déterminées sur son avenir qu’il voit jalonné de récompenses et d’amour. Un jour, ses capacités d’observation et de déduction sont mises à l’épreuve par l’apparition mystérieuse de flopées de pingouins dans son quartier, et celle concomitante d’une étrange bulle d’eau* lévitant dans une clairière. Avec l’aide de ses amis et de celle qu’il voit comme la femme de sa vie, l’assistante de son dentiste*, il essaie de résoudre les énigmes posées par ces phénomènes. 

*Je réfère dans l’article à la bulle comme « la Mer » et l’assistante « Elle » comme elle n’est jamais nommée.

!Quelques spoilers sur l’intrigue!

Adaptation du roman jeunesse et science-fiction de Tomihiko Morimi (Eccentric Family, The Tatami Galaxy, The Night is Short Walk on Girl) Penguin Highway est le premier long-métrage du studio Colorido et de son réalisateur phare Ishida Hiroyasu (Hinata no Aoshigure, Typhoon Noruda). J’avais adoré Hinata no Aoshigure, adorablissime court-métrage sur un petit garçon timide dévasté par le déménagement de sa copine, et j’étais impatiente de voir ce que leur premier grand projet allait donner. Certains aspects de l’écriture m’ont frustré, mais dans l’ensemble je trouve que c’est un solide film pour enfants, avec de la matière à réflexion pour les adultes.

Le film a deux grands thèmes contenus dans le titre qui reviennent tout le temps dans le scénario et la superbe animation : les pingouins évidemment, les stars du film qui surgissent et circulent de manière très cocasse, et le « highway », le chemin. Les deux sont liés puisque les pingouins sont constamment en mouvement. Je les appelle pingouins à cause du titre du film, mais pour être exacte ce sont des manchots Adélie, oiseaux migrateurs à la formidable capacité d’adaptation.  Ce sont les premiers dans le film à se mettre en route vers une destination mystérieuse, et à emporter avec eux les protagonistes. C’est rare qu’une scène ne montre pas une route, une voie ferrée, un chemin, un cours d’eau, une rue…illustrations du message du film qui parle de circularité (si on suit le même chemin tout droit, on revient sur ses pas).

Et le chemin est bien sûr utilisé comme métaphore de la vie. Parfois c’est rassurant, Aoyama compte les jours qui le séparent de l’âge adulte et balise déjà son avenir d’événements joyeux, mais parfois ce chemin est effrayant : dans l’une des meilleures scènes du film, sa petite sœur lui fait part de sa terreur devant l’idée de mourir (le bout du chemin) et de perdre des êtres chers. Dans cette perspective, peut-être que se dire que le monde et la vie sont circulaires est un peu rassurant. Après tout il n’y a pas de bout du monde dans la tête d’Aoyama et de son père, pas de « fin » puisque la fin est un retour au commencement. J’étais agréablement surprise de trouver dans un ce film de telles réflexions philosophiques, même si je crains qu’elles ne volent au-dessus de la tête des plus jeunes spectateurs.

Parmi les personnages principaux, il y a du bon et du moins bon. Uchida est adorable, j’aurais aimé qu’il ait plus d’importance dans le scénario, mais à ma grande tristesse il n’a pas d’arc dédié : lui et son petit pingouin Penta sont vites relégués au second plan. Hamamoto m’a plu au début, j’ai beaucoup apprécié qu’ils intègrent une ado dans le groupe des jeunes chercheurs, mais son arc m’a laissée perplexe. Elle est présentée comme l’égale du héros et la Mer est son projet, mais dès qu’elle voit entrer Elle en scène c’est comme si ses neurones avaient grillés, et il ne reste qu’une gamine jalouse puis angoissée qui ne fait pas grand-chose d’autre que de crier et manifester sa colère. Je me suis demandé l’intérêt de son rôle, en dehors de remplir la case de Fille/copine potentielle de service (un peu comme Uchida qui reste le Pote de service jusqu’à la fin). Elle forme avec Aoyama et Elle un triangle amoureux stérile dont je me serais bien passé.

Je peux aussi mentionner Suzuki, le mauvais garçon de la classe d’Aoyama. Ses interventions donnent lieu à des scènes très amusantes (en particulier une scène hilarante au cabinet dentaire), mais le personnage lui-même et ses sbires restent sagement dans leurs stéréotypes et leur arc est prévisible à des kilomètres. Par comparaison, Aoyama et sa relation avec Elle bénéficient d’un meilleur développement. Bien doublé par Kana Kita, Aoyama est un mélange réussi de précocité et d’innocence, il a des attitudes et des réflexions matures pour son âge mais garde une grande naïveté dans son regard sur le monde. Elle se rapproche de la super-copine qu’on connaît bien dans la science-fiction, on retrouve en elle un peu de Video Girl Ai et d’autres : sincérité désarmante, plastique parfaite, naturel, espièglerie, transgression des règles sociales qui limiteraient sa relation avec le héros…j’ai apprécié qu’ils la laissent tout de même être une adulte (on n’est pas du tout au niveau atterrant de Leeloo dans le Cinquième Élément), ça aide à rendre son rôle d’assistante intégrée à la société crédible, et surtout ça contribue à ce que sa relation avec Aoyama ne dérape jamais vers quelque chose d’inapproprié. Elle est très charismatique, et son doublage par Aoi Yuu y est pour beaucoup (ça m’a donné envie de découvrir ses autres rôles dans Redline et Hana to Alice). La pauvre Hamamoto n’avait aucune chance de faire le poid, même si Megumi Han met toute son énergie à exprimer ses sentiments.

J’ai noté une certaine fatigue à la fin, et je me demande à quel point c’est lié au rythme du film. Il démarre très fort, se termine sur un beau final, et au milieu…mmmh. Je devais fournir des efforts pour me concentrer. Il y a un cumul d’événements qui se suivent de manière un peu confuse, au risque de nous faire perdre le fil de l’intrigue. C’est sans doute en partie intentionnel comme Aoyama doit faire sens de plein d’éléments épars pour en tirer une conclusion logique (Eurêka !), mais je trouve qu’ils se dispersent un peu trop, et j’aurais aimé que ça soit moins alourdi par des éléments hors-sujet comme le triangle amoureux dont j’ai parlé et les crises fatigantes de Hamamoto. Dans Mirai no Mirai les crises du héros étaient bien intégrées dans le scénario, elles servaient d’élément déclencheur et étaient appropriées à l’âge du petit garçon, mais ici ces moments n’apportent rien, ils ne font que souligner à quel point Hamamoto a régressé depuis le début du film et à quel point les émotions de la jeune fille nous importent peu (la faute à un manque de développement cruel du personnage qui reste une caricature). En fait la seule crise qui compte est celle d’Aoyama à la fin quand il fait une grève de la faim et se torture les méninges, et elle suffit largement comme tremplin du dernier acte.

En conclusion, j’aurais aimé que le scénario ne se repose pas autant sur des clichés de films pour enfants : la fille jalouse, le bully qui cache ses sentiments, le pote à lunettes. Il m’a manqué aussi au moins un pingouin avec un rôle plus important, je n’ai pas compris pourquoi ils sont passé à côté d’une occasion aussi royale de mettre en avant un pingouin-mascotte attachant (même un ou deux pingouins distingués de la masse qui font des bêtises dans le fond auraient suffit, à la Penguindrum). Mais l’essentiel, le couple central, est réussi, et le film a un message philosophique fort bien porté par son esthétique. Il marque un pas en avant majeur pour Colorido. Mon anime préféré parmi leurs projets reste Hinata no Aoshigure, mais je suis curieuse de voir quelle sera la prochaine étape de ce jeune studio.

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