Vision d’Escaflowne et Escaflowne – Une Fille sur Gaia

Ces deux articles sont sortis initialement en 2016 sur mon ancien blog. J’en étais assez satisfaite pour vouloir les republier ici, après les avoir un peu réédités.

NB : Pour les fans anglophones, à l’occasion de l’anniversaire de la série elle est revenue dans l’actualité grâce à un nouveau doublage, financé par une campagne kickstarter qui a très bien marché. Il en est sorti une magnifique  édition Blue-Ray. En France, c’est Dybex qui a les droits.

Vision d’Escaflowne

Année : 1996

Par : Sunrise, Shoji Kawamori, Kazuki Akane

Durée : 26 épisodes

PV

Hitomi, une lycéenne douée pour l’athlétisme et la voyance est amoureuse de son senpai Amano. Alors qu’il déménage, elle lui demande de chronométrer sa course et de l’embrasser si elle est assez rapide. Mais avant qu’elle puisse franchir la ligne d’arrivée, un garçon et un dragon tombent du ciel. Après avoir vaincu le dragon, Hitomi et l’inconnu sont transportés la planète Gaia, où plusieurs royaumes sont sur le point d’entrer en guerre. Hitomi se retrouve au cœur du conflit, et ses visions de l’avenir deviennent un enjeu stratégique.

Pas la plus subtile de séries (du Kawamori tout craché si vous êtes familiers avec son oeuvre), mais la qualité de sa réalisation, la grandeur de son scénario  et le souffle épique qui la traverse lui ont permis de surmonter l’épreuve du temps, renforçant son statut de série culte. Ce qui m’a le plus impressionnée en la découvrant a été le rythme et l’incroyable dynamisme de l’aventure.  Peut-être que j’ai été endormie par les nombreux isekai et autres animes de fantasy des années 2010 au rythme plus lent (et souvent au scénario inachevé – SVP achetez les LN pour savoir la suite) et que le contraste m’a réveillé ? Et est-ce le résultat, selon les rumeurs, d’une conséquente réduction du nombre d’épisodes prévus initialement ? En tout cas, impossible de s’ennuyer quand les personnages avancent rapidement d’une cité à une autre, rencontrent tant d’alliés et d’ennemis différents, tout en étant constamment rattrapés par la guerre. Vision d’Escaflowne ne sait pas ce que signifie un temps mort ou un filler. C’est à double tranchant, parce qu’à force de jeter les personnages constamment dans le danger et l’action ils oublient un peu de les laisser respirer, et surtout de faire évoluer leur personnalité. 

Ce n’est pas le seul problème de l’écriture, dans l’ensemble les personnages ne sont pas particulièrement nuancés, et certains comme Merle ne servent pas à grand chose. Certains sont mieux écrits comme Millerna, Dryden et Folken mais le triangle principal Van/Hitomi/Allen était souvent plus frustrant qu’autre chose. Par contre, mon impression négative initiale sur les méchants que je trouvais trop caricaturaux s’est atténuée après certaines révélations. Je suis lasse des aventures où les antagonistes sont des caricatures, totalement répugnants ou irrécupérables, et Escaflowne n’a pas commis cette erreur. Et si les protagonistes m’ont frustrée, je ne peux pas en dire autant du très bon scénario de fond. Il y a une abondance d’idées et d’événements, sans que ça ne rende pour autant l’intrigue incompréhensible. C’est aussi un anime qui arrive à transcender les genres desquels il s’inspire, en particulier le shoujo et le shonen. Il contient des éléments des deux, mais débarrassés de beaucoup de leurs clichés et écueils, pour un résultat tout-public qui a également contribué à sa popularité.

Visuellement, il n’y a qu’à admirer, les compositions sont absolument saisissantes et il y a une utilisation magistrale des clairs-obscurs qui aide la série à avoir cette atmosphère épique. Ils ont voulu que ce soit grandiose, et ça l’est. Les backgrounds sont superbes, les combats entre robots sont très bien chorégraphiées et l’OST instrumental de Yoko Kanno parfaitement intégré donne le sentiment d’assister à un opéra. Et contrairement à d’autres séries de fantasy plus limitées au look médiéval générique, Gaia offre un panel de cités aux architectures et styles diversifiés. On passe de ruines désertes à des villes côtières grouillantes de vies qui aident à construire la crédibilité de cette civilisation que l’on découvre. Les créateurs d’Escaflowne ont accordé beaucoup d’importance à « habiter » cette planète, si bien qu’elle ne donne pas l’impression d’être totalement vide ou peuplée de NPC programmés pour sourire et dire aux héros où est la plus proche auberge. C’est le genre de monde imaginaire à partir duquel on pourrait inventer toutes sortes d’histoires parallèles à celle des héros, et à la fin on prend conscience que nous n’en connaissons qu’une petite partie.

Ma principale déception concerne Hitomi. Je voulais aimer cette héroïne, mais elle m’a posé plusieurs problèmes. D’abord, je n’ais pas pas du tout accroché à son doublage japonais, au point où je me suis demandé si je n’aurais pas dû regarder une version doublée US ou française. Je ne suis pas fan de l’interprétation de Maaya Sakamoto, que je trouve très plate et sans saveur. C’est louable qu’ils aient voulu l’engager quand elle avait 16 ans pour donner plus d’authenticité au personnage, mais pour moi ça n’a pas fonctionné. 

Ensuite, l’écriture du personnage lui-même m’a posé problème. Hitomi n’est pas passive et fait des choix courageux tout au long de la série pour protéger les autres, mais son personnage manque d’épaisseur, et surtout elle met un temps fou à évoluer. Elle tombe amoureuse d’Allen parce qu’il ressemble à son crush Amano, reste sur Gaia parce qu’elle pense ne pas pouvoir faire autrement, et il lui faut une éternité pour d’une part prendre réellement possession de ses pouvoirs et de son destin (les deux sont inextricablement liés) et d’autre part réaliser ses sentiments pour Van. Quand tout cela arrive à la fin c’était bien trop tardif pour avoir un réel impact émotionnel, et même si la série se termine sur une note positive de ce point de vue ça n’était pas aussi puissant que ça aurait pu l’être si ça avait été mieux développé. Hitomi est une héroïne qui prend son destin en main, mais malheureusement elle tombe dans la catégorie « trop peu, trop tard ». 

En conclusion, Vision d’Escaflowne est aussi épique que sa réputation le laisse croire. Parfaitement réalisée, la série a très bien résisté à l’épreuve du temps et mérite son statut de classique. Le rythme est haletant du début jusqu’à la fin, avec une conséquence positive : on ne s’ennuie jamais, et une conséquence négative : le développement de certains personnages et de la relation centrale entre Hitomi et Van en souffrent.  De son côté le scénario de fond sur la guerre dans un monde de fantasy est bien écrit et les messages sont intemporels. Escaflowne place la barre très haut, et il n’y a pas meilleur témoignage de sa qualité et de son aura que l’endurance de sa popularité plus de vingt ans après sa sortie. 

Escaflowne – Une Fille sur Gaia

Année : 2000

Par : Sunrise, Bones, Kazuki Akane

Long-métrage

PV

Comme pas mal d’autres films dérivés de licences, Une Fille sur Gaia n’a pas beaucoup d’intérêt à être vu indépendamment de la série qui le précède. La riche intrigue était déjà très condensée en 26 épisodes, et avec seulement une heure et demie il a fallu se débarrasser de beaucoup de choses, et simplifier le reste. Inévitablement le film en souffre, et le final expéditif rend très claire l’impossibilité de rendre justice au scénario de cette manière. Mais l’intérêt du film réside ailleurs : il nous offre une autre perspective sur les personnages. Hitomi est beaucoup plus mélancolique, elle a des motivations et réflexions personnelles plus matures et en lien avec ce qui lui arrive (j’aurais aimé avoir cette Hitomi dans la série), Amano est rayé du scénario tandis qu’Allen ne fait plus partie d’aucune intrigue amoureuse (pour moi une amélioration majeure, rétrospectivement j’ai réalisé à quel point ses histoires avec Millerna, Marlene et Hitomi plombaient la série), et même des personnages plus secondaires comme Merle, Mogura ou Jujaku sont moins caricaturaux et plus sympathiques. Van reste Van, avec un meilleur chara-design et un arc raconté de manière plus viscérale.

J’aime aussi beaucoup ce qu’ils ont fait de la relation entre Hitomi, Folken et Van. Au lieu de choisir entre Allen et Van (un choix qui n’avait aucun intérêt dans la série malgré leurs efforts pour le rendre important), l’héroïne doit choisir entre les deux frères, ce qui revient ici à choisir entre l’ange déchu de la destruction et l’ange-roi de la renaissance. C’est plus puissant symboliquement, et j’aurais aimé que l’Hitomi de la série suive aussi ce développement. J’ai aussi beaucoup apprécié ce qu’ils ont fait visuellement avec les robots, qu’ils ont rendu plus organiques (au sens littéral biologique du terme), et en général avec les designs et les combats plus sombres. En conclusion, ce n’est certainement pas un film qui tient tout seul sans sa série (comme le film Nausicäa tient sans son manga), mais à condition d’avoir déjà vu Vision d’Escaflowne, Une Fille sur Gaia a de la valeur pour ses proposition alternatives de l’esthétique et des personnages du show. 

Ma note (série complétée par le film) : 8/10

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2 réflexions sur « Vision d’Escaflowne et Escaflowne – Une Fille sur Gaia »

  1. Ah que de souvenir… J’en étais malade à l’époque de sa première diffusion sur C+ !
    J’ai grandi avec SM, DB et bien d’autre avant elle mais cette anime a eu, a encore une résonance particulière, je ne sais toujours pas pourquoi… Le genre, les paysages, les musiques orgasmiques ? C’était religieux, limite. Même au collège, je soûlais tous mes amis avec, (certains m’en parlent toujours d’ailleurs^^ ») même si personne ne regardait !
    J’avais toute conscience que c’était pas l’anime du siècle et je suis d’accord avec tous les points que tu as soulevée, pourtant, je l’avoue, m’arrive encore de regarder certains extraits d’épisodes, juste pour me remémorer son souvenir… L’une des rare que je peux regarder en VF que je trouve très bonne^^

    J’avais adoré le film aussi, très différent mais vraiment charmant !
    Je rêverai d’avoir une belle édition blu-ray, digne de son statut « culte » mais avec Dybex, ce n’est pas prêt d’arriver… Le coffret FMA que j’attends depuis deux ans en est la preuve…

    Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ton commentaire ! Je n’avais pas la télé et je n’ai pas pu le regarder quand j’étais plus jeune, mais je me souviens d’avoir été complètement fascinée par les images de promotion, et quand les gens ont reparlé de la série pour ses vingt ans je me suis dit que c’était le moment de s’y mettre. J’imagine que l’expérience de le revoir doit être encore meilleure avec la nostalgie !

      En effet les critiques des sorties DVD/Blue-Ray françaises ne sont pas très bonnes, les US ont de la chance leur édition a l’air sublime T_T

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