Shoujo Kageki Revue Starlight

Année : 2018

Par : Kinema Citrus, Tomohiro Furukawa, Tatsuto Higuchi 

Durée : 12 épisodes

PV

Petites, Karen et Hikari se sont fait une promesse : devenir des stars de revue musicale et jouer toutes les deux dans la revue Starlight. Elles intègrent toutes les deux les académies les plus prestigieuses pour réaliser ce rêve, Karen au Japon et Hikari en Angleterre. Nous suivons Karen en cours d’éducation, préparant Starlight avec ses camarades. Elle est surprise et ravie de revoir Hikari, qui a quitté Londres pour Tokyo pour des raisons floues. Karen découvre qu’elle et ses autres amies s’affrontent dans le sous-sol de l’académie via des duels intenses qui détermineront qui est la star la plus brillante. Cette dernière aura droit à voir son vœu exaucé. Karen ne faisait pas partie des candidates de cette « audition », mais elle intervient quand même, et décide de gagner cet étrange tournois. 

Une magnifique production, le niveau d’animation de la moindre petite scène de tranche de vie fait tourner la tête. Rien n’est négligé, que ce soit la composition, la mise en scène, les backgrounds, etc., et c’est rare que le staff fasse des compromis sur sa vision artistique. Si j’avais une critique à faire sur l’esthétique, je ne vais pas être originale : ce serait celle qui est revenue le plus souvent sur les chara-designs, qui auraient gagnés à être un peu plus stylisés. Ils ne sont pas mauvais, mais c’est très facile de les prendre pour des designs moe/fanservice (après tout ils doivent vendre un jeu smartphone en parallèle), et j’ai vu plusieurs personnes confondre Revue Starlight avec un anime à idoles. Cette comparaison n’est pas complètement fausse, mais elle est limitée et empêche de bien comprendre quel langage le show utilise.

Pour bien cerner ce langage et les symboles de Revue Starlight, il est indispensable au préalable de se renseigner un peu sur le théâtre Takarazuka et sur ses codes, auxquels il est régulièrement fait référence. Si vous êtes à l’aise avec l’anglais je conseille de lire en même temps que vous regardez le show l’excellente série d’articles d’Emily Rand sur le sujet, ils sont d’une aide précieuse pour décortiquer la vision d’ensemble du show, et sa remise en cause de l’école Takarazuka. Au-delà, Revue Starlight explore la compétition propre au « star system ». L’injustice, le coût de la victoire, la solitude de la star, etc. Avec tout ce talent investi et cette culture de la scène, l’anime aurait dû être un délice, au même rang que les classiques Princess Tutu et Kaleido Star, et pourtant, j’en suis ressortie déçue. Je vais essayer d’expliquer pourquoi.

D’abord, le principal reproche que j’aurais à lui faire est son manque de racines dans la réalité, qui affaiblit considérablement sa portée à long terme. A mesure qu’on avance, Revue Starlight s’affirme de plus en plus comme une longue métaphore, mais l’absence de figure tierce ou d’intervention externe ancrée dans le monde réel donne le sentiment que tout cela n’est qu’une illusion. Je comprends leur intention de brouiller les pistes entre rêves et réalité, les duels ne sont que des mises en scènes de conflits que les filles vivent à l’académie, mais il n’y a pas de public (juste une métaphore du public), très peu d’auditions, on voit à peine les professeurs, idem pour la famille. Ça contribue à isoler complètement les personnages de la réalité, et quand on découvre ce qu’a fait Banana, les choses deviennent encore plus détachées et illusoires. J’ai cru que les parallèles qu’ils tracent entre Starlight et le scénario allaient nous mener quelque part, mais la revue n’est jamais qu’un squelette vide composée de quelques éléments clés de l’intrigue (la rencontre, la promesse, la séparation, le miracle…), essentiellement un prétexte pour mettre en scène les filles dans des décors grandioses. 

Je pense aussi que toute la métaphore sur la cruauté du « star system » aurait pu fonctionner bien plus efficacement si elle était inspirée par des éléments majeurs de la vie d’artiste des filles. Mais comme elles n’ont pas encore commencé leur véritable carrière, les présenter comme des « pécheresses » qui ont déjà commis les crimes de la scène (jalousie, orgueil…) paraît un peu prématuré. Si les enjeux étaient plus graves que « machine a raté son audition pour la pièce de fin d’année » et « trucmuche est jalouse de l’attention que sa copine porte à une autre », je pense que les duels illustrant ces conflits auraient eu plus d’impact. L’arc d’Hikari en Angleterre s’en rapproche le plus, mais la manière dont on lui donne tout de suite l’occasion de rebondir au Japon où elle sera protégée par Karen écrase son potentiel. De même pour l’arc de Banana, je pensais qu’il allait changer les règles du jeu et donner une autre dimension au show, mais les choses retournent à la normale trop vite. Enfin, la solution que Karen apporte au conflit central…la girafe transcendée appelle cette résolution «  une scène que personne ne peut prévoir », mais ironiquement elle était extrêmement prévisible, et reprend même exactement ce que Karen fait à la fin du premier épisode. Il n’y a aucune catharsis, on pouvait deviner dès le début comment ça allait se terminer, et quand le générique défile à la fin je n’ai rien ressenti de spécial.

Un autre défaut qui n’a pas aidé l’anime à gagner en impact est la fadeur de son couple principal. Karen n’est pas une héroïne très intéressante, sa personnalité est une combinaison ultra classique de maladresse, de candeur et de détermination qu’on a vue cent fois ailleurs dans des animes bien moins ambitieux, et je la trouve trop plate pour une combattante qui doit bouleverser l’ordre établi. Hikari n’est pas beaucoup mieux, c’est un stéréotype de figure tragique, le prodige d’une sensibilité supérieure qui s’offre en sacrifice, et comme elle passe la majorité de la série à être mystérieuse et distante ils ne nous donnent pas l’occasion d’apprendre à la connaître vraiment. Sa relation avec Karen fondée sur des répliques répétées ad nauseam ne m’a pas convaincue plus que ça, j’ai été plus touchée par d’autres couples (Claudine et Maya, Banana et Juuna…) et je trouve que Karen a plus d’alchimie avec l’adorable Mahiru. Le dernier épisode est tombé complètement à plat à cause de ça : il est essentiellement centré sur Karen et Hikari à l’exclusion des autres, qui n’apparaissent que brièvement au début et à la fin. Et si il y a une série qui ne pouvait pas se permettre de terminer sur un flop, c’était bien celle-là !

Je ne regrette pas d’avoir vu Revue Starlight, c’est une production fantastique bourrée de bonnes idées visuelles, et ça m’a donné l’opportunité d’apprendre plein de choses passionnantes sur le théâtre Takarazuka. Mais le couple central faible et cette fichue tendance à tout illustrer par des symboles et à vider l’intrigue d’enjeux palpables la condamne à rester un (beau) gâteau de métaphores vides. Je comprend qu’ils voulaient faire passer un message important sur le monde du spectacle, sa cruauté et l’avidité du public qui demande une telle cruauté, et proposer une alternative, mais quand la solution est évidente dès le pilote et reprise à l’identique à la fin sans réel développement, je me demande un peu à quoi ont servi les onze épisodes suivants…

Ma note : 6/10

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